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Notes manuscrites de Boris Rybak :
fragments, aphorismes, réflexions, poésieS



En dehors des ouvrages et articles publiés de Boris Rybak formant l’objet des autres rubriques, des notes manuscrites ont été retrouvées.

Elles ont été intégralement triées en fonction de leur chronologie et des thèmes concernés.

Elles sont conservées et consultables par les chercheurs dans le fonds Rybak déposé à l’AIU (alliance israélite universelle).

Si une grande partie de ces notes consiste en des réflexions et des états antérieurs des travaux de Boris Rybak publiés (articles et livres), on trouve également des fragments et des développements qui ne semblent pas avoir fait l’objet d’une exploitation directe dans son oeuvre.

Les notes manuscrites présentent dans l’ensemble un intérêt évident mais s’avèrent d’un abord difficile en raison notamment de la présence de différentes écritures très peu lisibles (l’écriture très serrée de Boris Rybak est elle-même relativement lisible - surtout dans les premières périodes -, mais il dictait souvent à d’autres personnes). En raison de ces difficultés, certains des extraits présentés sont déjà lacunaires.

Il s’agit ici d’un bref aperçu, les notes manuscrites comprenant 700 à 800 pages.

Les extraits présentés couvrent une période de cinquante-cinq ans : de 1944 à 1989.





QUELQUES EXTRAITS




Mars 1944

(Boris Rybak a alors 21 ans)

Moralité

Nous ne sommes pas ici les derniers inquiets, l’on peut nous croire, de voir les desseins et les destins théoriques que nous choisissons de poursuivre depuis quatre années d’une guerre plus aveuglante encore, pour certains, qu’assourdissante, ne pas cesser de se prévaloir de La Main à Plume1… En effet les hommes de plume sont, ainsi que leur nom l’indique, gens de peu de poids, et cette année est légitime où ils feront place aux hommes de main. Répétons-le, un tel mot d’ordre, jeté par la grande voix de Rimbaud, n’a jamais affirmé que notre défiance envers les dérisoires music-halls de la culture. Et si la main à plume vaut la main à charrue, du moins ne mettrons-nous pas cette charrue avant les bœufs, ni ne laisserons ces bœufs traîner les rois fainéants de la pensée. […]
Mettons les poètes entre guillemets et n’en parlons plus. C’est un nouvel esprit surréaliste qui doit aujourd’hui nous garder de prendre le surréalisme au pied de la lettre, et nous quittons résolument les hommes de lettres pour les hommes d’esprit. […] il nous reste à tuer bien des mythes, plusieurs idées, et quelques hommes ; Rimbaud l’a crié : Voici le temps des assassins.

(1)  Il s’agit du groupe « La main à plume », auquel appartenait Boris Rybak ; ce groupe mena des actions contre l’occupant allemand et publia des écrits surréalistes sous l’Occupation. Plusieurs des membres du groupe seront arrêtés et exécutés par les nazis. Ce fut notamment le cas de Robert Rius (1914-1944), artiste, ami d’André Breton et responsable du groupe La main à plume, de Jean Simonpoli (1911-1944), poète, et de Marco Ménégoz (1927-1944), jeune poète exécuté à 16 ans et demi. Ils constituent un maquis en juin 1944 en forêt de Fontainebleau et sont arrêtés le 4 juillet 1944 sur dénonciation. Emprisonnés et torturés, refusant de parler, ils seront fusillés dans la plaine de Chanfroy, commune d’Arbonne en forêt de Fontainebleau, le 21 juillet 1944 avec 19 autres résistants. Boris Rybak dédie un poème à ses trois camarades : « A peine des hommes », dans Images du Verbe, p. 33 voir rubrique « Ouvrages ».)
D’autres membres du groupe La main à plume seront également arrêtés et exécutés en France ou déportés par les nazis : Tita, jeune peintre déportée et morte à Auschwitz, Hans Schoenhoff emprisonné pour fait de résistance à la prison du Cherche-Midi, déporté et mort à Auschwitz, Jean-Pierre Mulotte, fusillé à 15 ans sur le pont d'Austerlitz à Paris, Jean-Claude Diamant-Berger, parachuté par les FFL et mort en Normandie, Marc Patin, mort d'une pneumonie en Allemagne [données extraites de divers articles de Wikipedia].




v. 1944

Le front de la pensée

Messieurs, on vous demande de descendre de votre tour d’ivoire par l’escalier de service, pour un petit instant, un tout petit instant qui ne compte pas devant l’éternité. On vous demande un petit geste de mobilisation volontaire de votre valeur ou de votre crédit - pour ceux qui n’ont même pas une tour de bois pour coucher, des chaussures pour marcher ou du pain pour manger. Oh, rassurez-vous, il ne s’agit point d’une réquisition pour déblayer les voies de chemin de fer, ou décharger le charbon […] Vos œuvres, ne l’oubliez pas, c’est l’eucharistie républicaine. Y a-t-il une contradiction ?



1946

DISCOURS DE RECEPTION DE R. BAUDOUIN A LA STATION DE BIOLOGIE MARINE DE ROSCOFF, BRETAGNE
(Boris Rybak a alors 23 ans et travaille à Roscoff à sa thèse de doctorat. Il s’agit bien sûr d’un discours-« canular ».)

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1947

Le Grand Œuvre

Certes la terre est ronde, terriblement ronde même, sans issue, désespérante. C’est pourquoi il est temps pour nous de prendre pied, de ne plus nous renier. Le Poète a été trop longtemps gardé à vue loin de la terre par un regrettable contre-sens1 complaisamment entretenu d’ailleurs par des poètes « édulcorés », inconscients du rôle qui incombe à ceux qui prennent le parti de la Poétique, qu’ils écrivent Poésie par un de ces euphémismes dégradants qui leurs sont familiers. Nous renions de toutes nos forces cette tradition éthérifiante. Les Poètes, les vrais poètes, ont toujours été sur terre. Le poète d’aujourd’hui n’est un rêveur qu’en tant que le rêve lui sert d’instrument contondant. Une ère nouvelle vient à nous, avec des yeux de chatte belle comme la braise. Le Démon de Maxwell lui ouvre les portes et nous entrons en cheval de Troie. Prenez garde, le coup d’éclat de la Poétique ne saurait tarder. Nous ne pouvons plus attendre […] La métamorphose de tous les Hommes, -ce Coup d’état, sera faite par l’alliance de la Poétique et de la Physique, par ce qui n’est ni avant, ni après l’étude de la nature, par l’Intraphysique qui est un procédé analytique de la connaissance au sens mathématique du terme2. […]

(1)  Note de Boris Rybak. - « Tiens, ce n’est pas un homme, c’est un poète ! » (Holberg)
(2)  Note de Boris Rybak. - « Quiconque a travaillé à des points vraiment nouveaux de Physique sait par expérience qu’il n’est pas moins difficile de poser un problème que de le résoudre et qu’il arrive souvent que l’énoncé définitif et la solution soient trouvés simultanément. » (Max Planck).

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1949


Boris Rybak, 1949     Boris Rybak, 1949



v. 1950

LES NUAGES DE VENUS

Quand je me réveille, vers minuit dans mon lit ou au bord de la terre ou le matin à onze heures dans une pharmacie, ou au moment de dîner devant ma faim ou ma satiété, devant un visage, quand je me réveille parfois et vois mes semblables, je pense N’êtes-vous-donc-pas-encore tous morts ?
Des jours entiers je suis resté éveillé sans fatigue apparente, les gens me regardaient effrayés, s’enfuyaient avec esprit ou politesse. Mon état accablait, je voyais au travers des objets, des personnes, des choses et de moi-même ; j’apercevais les solutions de nos angoisses et surtout les causes de celles-ci m’apparaissaient clairement dans l’ignorance et la perversion numériques et littérales.
Je ne sais ce qui m’amène à m’endormir de nouveau, torpeur doucereuse de quelque narcotique social ou ennui de tout ce relatif ?
Maintenant je suis en veille, vigilant à saisir l’absurde reçu et entretenu, comptable des abjections. Sans doute le soleil sautera-t-il quelque jour, à moins que d’ici là l’homme n’ait acquis sa propre puissance et empêche ce phénomène ou, soleil, ne te remplace, alors l’humanité - le construit - existera ; mais nous qui vivons encore pour beaucoup de temps dans la divinité - le donné - il nous faut éliminer l’ignoble, installer la vie, prévenir les mutations létales. Le maintien de l’homme est au prix de sa conscience profonde sans dérobades.
Pas d’échappatoire pour la peur ! Terrain découvert ! Révolution ! […]
Je m’endors : tout ce que je viens d’écrire et tout ce qui m’était venu et que je n’ai pas eu le temps d’écrire, tout cela me paraît indéchiffrable.
Je dors dans ce banquet de spectres, dans le giron de cette réunion où je crois qu’un fantôme réputé légitime la mécanique administrative de tous les pays et de tous les temps, un autre le remplace devant les dames dans ce salon et prouve l’efficience de la guerre que l’on se fait, en remuant son café qui ne le réveillera jamais. Je dors au procès du naïf que l’on condamne, on me fait dire oui et non comme on veut ; je me pince : oui je dors, et on justifie, on avise, on justifie, on admet, on justifie, on soupire, on justifie, on fausse, on justifie.1

(1)    A noter la même atmosphère onirique, et la similarité des conceptions avec l’un des textes fondateurs du surréalisme : « J’ai vécu à l’ombre d’une grande bâtisse blanche, ornée de drapeaux et de clameurs. Il ne m’était pas permis de m’éloigner de ce château, la Société et ceux qui montaient le perron faisaient sur le paillasson un affreux nuage de poussière. Patrie, honneurs, religion, bonté, il était difficile de se reconnaître au milieu de ces vocables sans nombre qu’ils jetaient à tort et à travers aux échos ». Louis Aragon, Une vague de rêves (1924)



1956

L’évidence qui crève les yeux, les a rendus aveugles.

*

Le Mal - Il n’y a pas un problème réellement métaphysique du Mal. Le Mal c’est notre nature, notre infrastructure animale qui rejaillit sur notre superstructure proprement humaine.



1961

A Kepler, fils de Tycho Brahé

Tropique

La clef 32899849 soudain s’exécute
Tournant d’un quart de tour limite rigoureuse
La serrure abyssale
Et ouvre donc par une de ses quatre saisons
L’Hymne des jours de l’An
Qu’ils ont vécu
Qu’ils vivent
Qu’ils vivront

Hypothèses

Quand un soir de mes veillées
Au coin du feu d’un feu
Les escarbilles m’éclairent
J’écris cette lettre de chiffres d’écriture sympathique
L’électricité connue
Plus les inconnues hermaphrodites
Electro-magnétisante
Acoustique-mécano-ondulatoire
Optique-mécano-ondulatoire
Mécanique céleste
Toutes ces filles sont sœurs
Que je reconnais
Mon Amour
Dual Corps L Ame

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*

Tympans

J’ai vécu poétiquement la science. Ce n’est pas commutatif : j’ai vécu poétiquement. La Science était, dès le départ – c’est-à-dire quand j’étais « poète de sept ans » –, ma vie. Ayant pris cette [mot illisible], invisible aux yeux des nescients, je traverse les jungles où l’on m’y attend le moins, je surviens dans les rondes qui se dispersent alors et, pressant chaque dansant je lui dis d’autres danses que la ronde. Certains la reprennent cependant jusqu’à ce que mort s’ensuive. D‘autres pratiquent les pas [mot illisible] en cachette, s’initiant à vaincre vertiges, peurs, [mot illisible] et [mot illisible].

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*

Le surréalisme a été une aventure sans pareille pour un adolescent. Il m’a fallu passer par là pour pénétrer dans la surrationalité et, de là, dans l’aventure spirituelle que je vis désormais.



1962

Il.
Il était l’homme à vous dire : « Vous êtes ce que vous êtes, et c’est très bien comme ça ». Pour avoir droit à un tel hommage il fallait avoir franchi à ses yeux monts et merveilles, avoir subi l’initiation [lecture incertaine de ce dernier mot] du feu et de l’eau et en être sorti acier trempé.
[N.B. « Il », un récit projeté pour lequel Boris Rybak prenait des notes.]


*

130 rue Amelot le 29 avril 1969.
Escalier de mon enfance – intact – dont les marches ne se souviennent pas de mes pas tant je les sautais léger.

*

La transsubstantiation par l’Esprit proclamée par Saul de Tarse (devenu Saint-Paul) est un concept génial d’humanisation – encore formulé en terme de divinisation – transsubstantiation par le verbe de la foi, par l’éclairement [lecture incertaine de ce dernier mot] soudain de la Loi, de sorte que tout Homme est potentiellement de la lignée d’Abraham - extension universalisante à l’Humanité entière. […] Je ne vous demande point de croire en Dieu, parce que je ne sais ce qu’est Dieu, mais vous je sais ce que vous êtes et ce que vous n’êtes pas.

*

Certains sont bêtes. D’autres ont seulement la bêtise de leur intelligence. D’autres ont l’intelligence de l’intelligence.

*

Diagnostic de Dieu ? Prognosis lethalis.

*

Mort sans laisser d’adresse.

*

De l’animalité humaine à l’humanité humaine.

*

Dans un monde où tout le monde apprend à tricher « l’honnêteté est la meilleure des politiques ». [N.B. citation d’Emmanuel Kant, De la paix perpétuelle]

*

HCB [N.B. Henri Cartier-Bresson] saluant un ami aveugle.



1968

Si l’hypothèse de Dieu représente l’hypothèse la plus hardie jamais articulée l’hypothèse poétique est celle sur laquelle nous xx [mot illisible] le plus d’espoir d’humanité.

*

Le Diable comme preuve de l’existence de Dieu ?

*

Que les hommes, tous les hommes, entrent dans le sein de l’Humanité. Nous verrons après ! Dieu – image de Dieu. Je croirais plus volontiers à l’Ineffable abstrait infini.

*

Mentir et démentir, les bases de la propagande.

*

Le raciste considère a priori des distinctions entre les types ethniques. Le biologiste considère – établit – les différences et n’en tire aucun argument a priori.

*

Une humanité en instance.

*

Nécessité du monde.
La Vie et l’Homme étaient obligatoires selon les lois universelles du déterminisme statistique.

*

Au mieux nous ne sommes que des fac-similés de Dieu.

*

Etre c’est déjà agir.

*

On dit idéalisme pour qui ne veut pas admettre la réalité ancienne ou actuelle dans son inacceptable cruauté, médiocrité, absurdité. Je n’ai pas à chercher à aménager l’ignoble, à tolérer l’absurde, à m’adapter à la bêtise, mais à proposer les voies de l’humanisation.



1970

La lumière… Il y a aussi celle des naufrageurs.

*

Je vis à mon corps défendant.



1971 ou v. 1977

SOUVENIRS D'UN QUARANTE-HUITARD1
LA CONFESSION ORGUEILLEUSE


J’étais génial. Cela ne faisait pas de doute. Mais je m’aperçus vite que cet état n’était pas rentable. Il y avait eu des exemples autant illustres que malheureux. Je décidai d’abandonner la carrière de Génie. Cela ne fut pas si facile. En fait je ne l’abandonnai qu’en surface. Je m’amendais. Je me civilisais. Je devenais hypocrite. Ne pas se laisser voir. Ne pas se dévoiler franchement. Se cacher le bout même de l’oreille. Faire croire que l’autre est sourde…
Mon génie - est-il besoin de le dire ? - mon génie était particulier. Il consistait en une aptitude à tout comprendre et à tout oublier, à tout pouvoir. Et quand je dis tout je suis à peine au-dessus de la réalité. En somme, une sorte de génie de la disponibilité ; [un mot illisible] sans doute dans la forme et paradoxal dans le fond : j’avais le génie de l’intelligence. Mais à cela se joignait l’autre main de ma personnalité, dans une prière qui me laissait [un mot illisible] parce que convaincu de la vanité de tous nos gestes, triste par l’absurde de notre situation sur terre, pudique, casuiste, renonçant, [un mot illisible] à la Goethe. Celui-là ! M’en a-t-il fait du mal avec sa sagesse à la fin de sa vie, avec son christianisme de bois seulement, son romantisme effronté ! Malgré ma pénétration d’esprit qui me faisait le jugement si sûr, j’étais incapable de me servir de cette véritable double vue à mon usage personnel. J’étais par exemple capable de sacrifices complets pour un parti politique tout en étant persuadé, intérieurement, des faux [lecture incertaine de ce dernier mot] idéologiques en valeur absolue et de la nécessité de tels mouvements. Je savais être ficelle pour défendre autrui, j’étais honnête quand il s’agissait de moi. Je donnais l’impression de puissance et de candeur. Avec mes allures de jeune dieu, j’étonnais puis j’énervais des tas de gens. Je ne les voyais même pas et je ne cherchais pas à m’en défendre. Je croyais à la seule vertu. Je savais pourtant de quoi Saint-Just était mort […].
J’étais sincère. Avec absolu. Les gentils me révoltaient. Je ne parle pas des gentils bibliques, je parle des gentils quotidiens : les médiocres qui « animent » parce qu’ils n’existent pas, ceux qui ont des contenances parce qu’ils n’ont pas de contenu, ceux qui flattent […] Les courtisans ! […] Tout le monde en connaît ! […]
O monde poétique, ignoré des faiseurs de victoires ! Gloires maritimes. J’aimais la parole bien faite, gainée de soie et provocante. Soleils emmurés des prisons […] Laissez là vos travaux besogneux, levez la tête aux cieux […]
Je piétinais et je m’en voulais de piétiner. Pourtant j’avais cherché cet état de choses. Mais j’étais comme honteux de mon génie ; je cherchais à m’en faire excuser, à le faire oublier. Je donnais des armes à l’adversaire, je lui prêtais le flanc. Géant j’avais peur d’écraser les nains. Au fond, je croyais le génie anti-démocratique. Et idéologiquement j’étais «de gauche» … Cette imitation de J.C. sans le vouloir me conduisit à des fustigations terribles qui me révoltaient ! J’étais furieux d’obtenir ce que je tentais ! Mon génie souffrait de délicatesse. Je souffrais de «maladresses».
J’allais vite en tout, trop vite au gré des institutions : extrême raccourci, sauts d’étapes dans mes études, dans mes amours - avec cela un mépris des conventions, et notamment celles qui couronnent un effort : diplômes, prix, médailles. J’évoluais dans de perpétuels paradoxes, chevalier errant. Je donnais ce que l’on me demandait, pourvu qu’on me le demandât avec grâce ou émotion. Je fus vite dépouillé. Je n’avais été ni gardant [lecture incertaine de ce dernier mot] ni « regardant » […] mes triomphes étaient modestes : je rêvais et ma vie réelle […] ce n’est seulement qu’aux dernières extrémités que j’entérinais, sans y croire, une obligation qu’elle soit universitaire, pécuniaire ou autre. J’y consacrais le minimum d’effort, je réussissais grâce à ma grande et rapide capacité d’assimilation et grâce aux connaissances ou possibilités que j’avais acquises ou perfectionnées ça et là […] Curieux et enthousiaste, le résultat était médiocre au sens de la compétition sociale. Je ne faisais pas carrière. Je n’avais pas de maître [lecture incertaine de ce dernier mot]. Je n’étais même pas bohême. J’étais pétri de rigueur, d’axiomatique, de règles, de compréhension. Je n’ai jamais eu mal aux cheveux ou la gueule de bois. Je dessinais ou peignais avec vigueur, et avec vigueur je faisais retentir mon piano de beautés classiques ou improvisées, je manipulais en laboratoire, je chantais, je me livrais aux exercices physiques. J’étais comme un poulain pur-sang, ivre de vivre2.
Dans mon esprit, j’avais placé le monde plus haut qu’il n’est et je m’essoufflais à tendre le cou. On me guillotina dans un miroir, mon image étant seulement ce qu’on pouvait atteindre de moi. Mon image : mon illusion, mes scrupules. Lorsque le bruit du couperet me fit me retourner, je constatais, éperdu, que le monde était plus bas que moi ; je pouvais le fouler du pied. Mort dans mon image d’idéalité, j’avais atteint mon paradis. Je devins indifférent en surface, muet en public […] J’appris à manier le silence, à différer, à exiger, à prétendre. Je devins égoïste et, comme j’étais fort, je fus tolérant. Je continuais à faire des découvertes et je fus le faire-valoir. On s’aperçut de moi […] Je fermais les yeux devant les concessions, les abus […] Je pensais à gauche mais j’agissais à droite […] Mais je savais aussi piéger, braconner comme mes pairs. Mes anciennes découvertes, plus importantes que les récentes, je les cachais aux yeux trop avides. […] Je reçus les plus hautes récompenses. J’étais glorieux, [un mot illisible] ; je n’avais plus de liberté, plus d’égalité, plus de fraternité […] Ma courtoisie naturelle, muée en savoir-faire me faisait une réputation de grand honnête homme […] Je flottais, huile impassible. Je me permis même quelques jugements absolus […] Mon avis coupait les coteries, les népotismes ; je ne craignais rien. Bouddha ou mandarin, je n’étais pas à cheval sur les religions […] Finalement, je retrouvais ma jeunesse. Ma mort matérielle acheva mon éducation.
Et maintenant, je Vous demande, Vous qui me jugez, pourquoi Vous m’avez fait ainsi, pourquoi j’ai à me justifier de l’injustice, du sort, de mes libertés, maintenant, maintenant que je ne puis plus rien pour ma défense, maintenant que je ne puis qu’évoquer sans agir, maintenant que mon ombre traîne dans la poussière du passé et que je n’ai qu’un espoir : revivre3 ?

(1)    Ce texte de fiction comporte des aspects autobiographiques, relatés sur un mode humoristique. Il est retranscrit ici de manière incomplète, les points entre crochets signalant des passages omis car de lecture incertaine.
(2)    Boris Rybak dessinait et peignait en effet (voir par exemple les dessins de 1949 dans la rubrique Notes manuscrites du présent site), était un pianiste virtuose (Conservatoire Russe de Paris), également inscrit en chimie à la faculté de Rennes dès l’âge de 16 ans, diplômé de l'Ecole nationale supérieure de chimie de Rennes à 18 ans, pratiquait le hockey sur glace, le basket… cf. pour tous ces éléments, la rubrique Biographie ainsi que son texte à la rubrique Boris Rybak par lui-même, sous-partie Un chemin, un récit.
(3)    Ce dernier paragraphe évoque des thèmes présents dans le manuscrit inédit Vu du futur, cf. sur ce site, la rubrique qui lui est consacrée.



1974

Regardez-y toujours de près.

*

Toujours le oui héroïque et le non vulgaire.

*

LE FILS SURNATUREL

Etre elfe
Ne pas laisser de trace
Autre qu’un sillon adamique
Devenu nom commun.

*

Bonheur : je ne demande rien d’autre que de poursuivre mon effort et que d’atteindre le terme naturel de ma vie.

*

La bienveillance et la malveillance humaines sont également insondables.

*

L’écriture est linéaire, la pensée vraie ne l’est jamais.

*

L’entêtement biblique de Dieu primum movens – ultimum moriens – ah, oui ! voilà bien la chose : ultimum moriens [N.B. par analogie avec la fonction cardiaque, cf. la citation du physiologiste Haller concernant le cœur : « Primum vivens, ultimum moriens » : « Il vit le premier et meurt le dernier ».]

*

L’entropie humaine (hominide) au sein de la néguentropie humaine (humanide).

*

Mathématiques plus abstraites mais moins complexes que la Biologie.

*

Caligula a prouvé sa puissance en nommant son cheval sénateur. Pour ma part, je sais seulement nommer des ânes maîtres de conférence.

*

L’Homme est une sorte de machine de Turing.

*

AU GRAND JAMAIS

Ai-je dédié ma vie ?
dédicacé mon cri ?
défié mon silence ?
déifié ma xx ? [un mot illisible]
réifié mon être ?
régné sur ma passion xx ? [un mot illisible]
en foi et loi de quoi
Je serais VIVANT ?

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v. 1977

L’HOMME ET LA MACHINE (manuscrit, 12 pp.)
N.B. le titre est réducteur ; ce texte traite plus généralement de l’évolution matérielle et morale de l’homme, de la préhistoire à l’histoire.

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v. 1980

LA MOINDRE DES CHOSES

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1980

Rase, c’est la table elle-même que je questionne.

*

La Bible est le Livre qui fait passer de la Préhistoire à l’Histoire.



1980-1982

L’Homme est capable d’éthique. Mais qui peut le plus peut le moins.

*

La préhistoire est un monde du silence.

*

Ils trouvent incongru de poser des questions élémentaires et pour cela même, ils errent.

*

On ne peut imaginer assez le Réel : il n’est pas dimensionné au cerveau idéatif de l’Homme. Si oui, on ne peut assez le concevoir : il n’est pas dimensionné au pouvoir raisonnant de l’Homme. Si oui, on ne peut le prouver.

*

Ils trouvent acceptable la notion de justifier son salaire par un travail, non de justifier leur vie, le fait de leur existence, par de grands faits.

*

Voir ce qui généralement n’est pas vu comme relations dans un tout cohérent dont la pensée préexiste à ce qu’on voit.

*

Il faut plutôt enlever le mauvais, qu’apporter le bon, qui est là.

*

La Bible est d’abord un texte conçu sous les auspices et à la lumière d’une révélation surhumaine. On ne peut en parler, hors de cet éclairage ontologique, que faussement.

*

Quand on leur parle trop haut ils ne comprennent pas. Quand on leur parle trop bas, ils comprennent trop bien.

*




1982

NOTES SUR LES CONCEPTS DE BIO-MATHEMATIQUES ET DE CONTINUITE HUMAINE (8 pp.)

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*

J’ai découvert Dieu comme une découverte scientifique.

*

Dieu Principe, nous ne pouvons nous le représenter dans l’invalidité de notre état humain actuel. Au plus loin de l’abstraction – donc de notre capacité de représentation intrinsèque – on en vient à une métaphore qu’est – pesez bien les mots en le lisant – l’espace du point sans dimension

*

La parole n’épuise pas la pensée, l’explicite n’épuise pas l’implicite. Dieu (= Implicite Absolu), l’Homme ne L’épuise pas.



1985

Ainsi pas de neurone sans oxygène, pas de pensée anaérobie.
Le gradient [déchiffrement incertain de ce mot] d’oxygène du biotope Terre est le cadre incontournable de l’ampliation génique par évolution hybridante et para-hybridante (parrainante).
[4 lignes illisibles]
La triple tension psycho-somato-germinale que tout A[déchiffrement incertain] porte en lui – et les combinatoires psycho-sexuelle, psycho-somatique, somato-sexuelle qui en complexifient les décours temporels, - sont orthogénétiquement plastiques [déchiffrement incertain de ce dernier mot] de par la contrainte oxydo-réductrice qui les guide dans l’oikos4 et la contrainte nucléique qui les ordonne dans l’historique héréditaire.
A partir de cette conjonction vectrice apparaissent la Conscience, puis l’Intelligence, incluant l’[mot illisible], enfin la Sagesse qui est la Signification comme Compréhension active. Alors l’Etre se fait Poïèse.
Selon une Logique poïétique ou Mystique rationnelle.

(4) Oikos, grec, « maison », « membres de l’habitation », « maisonnée », « ensemble de biens et de personnes rattachés à une même unité d'habitation et de production », par extension, « terre habitée », « habitat », « monde ».

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1989

L’offertoire
Ce n’est plus mourir pour l’Humanité
C’est vivre pour l’Humanité […]

Ici ce n’est pas une œuvre édifiante
épique prêchant l’obédience
ou l’amour
Ce n’est pas plus un contrat
ou procès-verbal

Sans doute est-ce ce discernement
Qui est donné comme prophétie
Vers l’avers du Temps à celui
Qui a cru d’enthousiasme au
Ciel des lumières

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*

[…]
Comme un aveugle je suis dans la confusion des langues.
[…]
Il n’y a qu’un Dieu, je ne pouvais le manquer.
[…]
Je dis l’Universel en français dans l’Universalité d’Israël.

*

Reconnaître d’abord la Conscience comme résultat déterministe de l’Evolution – de celle des Etres Vivants avec ce que cela a d’insolite déjà et qui nous borne par le début comme la mort nous borne en fin dans l’inspiration et l’expiration de notre compréhension.

*

Quand je dis que l’Homme est un projet et qu’il est à réaliser, entendez que c’est de la divination humaine qu’il s’agit.

*

Dieu se cache. Dans tous les lacis que la plus profonde Science ne parvient à décrypter que lentement et imparfaitement.

*

J’ai recollé les pièces du vase brisé.

*

Eté 1989 :
Etrange. J’atteins l’extrême limite
de l’abstraction : Dieu et la
Mathématique.
Mais rien de platonicien
là-dedans !
L’infinitésimal des nombres-points, ce gaz numérique d’ordre
chaotique,
Le finitésimal des gonades
d’ontologies nucléaires et nucléo-
protéiques.
Ces deux extrêmes se joignent,
la Spiritualité et la
Matérialité qui subsument
notre état, notre [mot illisible].

Eté avec Dieu, les Nombres, la Parole.

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